Projets artistiques 2020

Projets artistiques

Neuf artistes sont invités à créer une œuvre sur le thème L’eau qui porte, en s’adaptant au contexte de Wattwiller, cette ville d’eau où très peu de plans d’eau sont disponibles.  Des conditions qui obligent à l’invention, à l’humour, à une distance avec le premier degré.
Les projets pélagiques sont présentés en bas de cette page.

Marie-Paule Nègre

Photographie

Dans cette série de photographies de corps dans l’eau, qu’elle poursuit au fil des années, Marie-Paule Nègre explore les déformations des baigneurs, l’opacité ou le flouté qu’induit l’eau, et les compositions que créent ses mouvements. Mais surtout, l’eau a cette capacité peu courante à découper les corps, à en extraire des fragments qui deviennent énigmatiques, bien que parfaitement reconnaissables. 
Pour renforcer encore cette recherche, elle propose ici une découpe de l’image qui permet au spectateur de la pénétrer et d’en devenir un des constituants. 
En traversant le panneau découpé en lamelles, il fera bouger un peu plus la masse d’eau et son corps pourra s’insérer dans l’image et la transformer. Le support textile, sans être fluide comme l’eau, donnera de la douceur et de la mobilité au cliché.

Une vingtaine de tirages sur bâche de cette série seront exposés à l’extérieur des médiathèques de Thann et Cernay pendant la FEW.

 

Marco Dessardo


Enfant, je rêvais d’être navigateur solitaire comme Tabarly et sculpteur sur pierre comme Michel-Ange. Les deux destins m’ont semblé de prime abord incompatibles. Je devins sculpteur. J’ai depuis réalisé de nombreuses sculptures monumentales et contextuelles (site specific) pour des villes, des villages, des biennales, mais aussi près de lacs, de rivières, près de la mer. Chaque fois plus proche de l’eau, je me suis mis un jour à sculpter des bateaux et, insensiblement, je me suis rapproché d’un compromis proche du rêve originel. Toujours pour m’adapter au mieux au contexte, je m’acharne à les sculpter comme des vagues. Mes sculptures flottent parfois, prennent l’eau, le vent et les courants, mes sculptures me portent sur l’eau. Testés en conditions réelles sur des lacs, rivières et en mer, ces bateaux-sculptures sont ensuite exposés, accompagnés de courtes vidéos témoignant des essais et performances. Pour la FEW, Marco Dessardo a du  adapter ses désirs de grandes traversées au contexte spécifique de Wattwiller, et au fait qu’aucun étang n’était disponible cette année. Mais il a effectivement vogué au fil de l’eau pendant l’hiver! Surprise à découvrir dans la vidéo de la performance !

Serge Lhermitte

Les recherches de Serge Lhermitte, essentiellement photographiques, sont centrées sur la notion du travail et nos relations avec la technologie.  «Hystérie blanche et ascenseur en milieu aqueux » est la poursuite d’une recherche sur les systèmes de transmission dématérialisés, dont l’invention de Claude Chappe en 1790 est le premier exemple. Ce langage optique par bras articulés permet l’envoi des premiers télégraphes et peut être considéré comme l’ancêtre de nos moyens de communications actuels, si on excepte les signaux de fumées. Une résidence à Flers, en Normandie, a permis à Serge Lhermitte de développer son projet. Peut-être dans l’idée de matérialiser un lien avec Strasbourg, où il résidait à cette époque, il est passé de la notion de documentation à la fabrication d’objets. La mer, les rivières, les canaux ont induit une forme de bouées, évoquant des balises flottantes, qui sont devenues supports à photographies. Mises en scène sur la neige des Vosges, dans la Manche ou dans des cours d’eau, elles ont acquis une autonomie de sculptures et continuent à explorer leurs relations avec l’environnement.Pour Wattwiller, l’idée de départ était de faire apparaître les balises par intermittence à la surface de l’eau, comme des signaux venus des profondeurs.Aucun plan d’eau n’étant disponible cette année, le projet a du être adapté aux réalités du niveau d’eau du Rechen. L’aventure créative de cette forme se poursuit ainsi, en profitant avec fluidité d’un contexte auquel elle s’adapte et qui la stimule à s’inventer autrement. Les signaux de Chappe étaient au service de la première Assemblée constituante, à chacun d’inventer le sens que ceux-ci prendront 230 ans après.

Thierry Pertuisot

Huile sur toile

Thierry Pertuisot explore les possibilités multiples que lui offrent le dessin, la peinture, la gravure, pour mettre en images sa relation au monde et son inquiétude pour le vivant. S’il s’inspire de photographies dans ses compositions, c’est pour mieux fragmenter le réel comme des visions éclair de notre perception des événements et du temps. Il joue à laisser certaines limites des images traverser la toile, dans une organisation géométrique du foisonnement des matières.
Il a créé pour la FEW une grande toile, encadrée par des gravures.
Il s’est inspiré de nageurs, sans doute dans des situations assez anodines au départ, pour esquisser une longue traversée, difficile, tourmentée, et qui exprime sans doute plus le danger que le jeu aquatique.
Ces nageurs qui se suivent sur une ligne impeccable qui scinde la toile en deux verticalement semblent la décomposition des mouvements d’une seule personne dont le dessin devient plus net et plus coloré en s’approchant. L’artiste est sensible au sort des migrants, qu’il a évoqué dans plusieurs peintures, dont No man’s land, une embarcation surchargée de gens aux prises avec la tempête. C’est ce même thème qui est à l’œuvre ici, la traversée, le désir et le danger dans l’immensité de l’océan.
«Ce que porte l’eau, c’est donc dans ce cas l’espoir autant que la mort, et tout ce qu’implique l’ailleurs et l’inconnu.»
Les gravures peuvent évoquer les témoins impuissants des crucifixions, nous peut-être ? 

Mudi Hachim

(Mémoire de l’eau irakienne)
Pierres gravées, eau, bol, micro et système son

Cette pièce veut nous rappeler que nous venons de l’eau, nous avons grandi dans l’eau, et une grande partie de nous-même redeviendra de l’eau après notre mort.
Les galets, polis par les mouvements de la mer, et l’eau sont la mémoire et le temps des voyages et des déplacements. Ils transportent le souvenir de tous ceux qui ont traversé ou qui sont immergés pour toujours. Le bateau est dessiné avec des pierres, c’est une embarcation immobile et lourde qui témoigne de nos histoires. Le cœur de la barque est une coupe pleine d’eau, avec un micro. Elle invite à parler à l’eau, à lui raconter le vent et les souvenirs. Chacun fera vivre cette petite mer avec ses mots, et son souffle en sera le vent.

Mudi est invité en résidence par l’Abri-mémoire d’Uffholtz pour lequel il créera une autre pièce, et une exposition.

Delphine Pouillé

Mousse polyuréthane et tissu

Le corps et le vivant sont au cœur du travail de Delphine Pouillé. Ses sculptures sont de grands dessins gonflés réalisés en injectant de la mousse expansive dans un moule textile extensible, mêlant ainsi étroitement les pratiques de la sculpture et du dessin.
Dans la Gloriette du jardin du presbytère, des silhouettes de nageurs semblent comme fossilisées au sein de plaques de mousse expansive aplatie entre deux pans de tissu. Inversant les rapports, et jouant sur un effet positif/négatif, Delphine Pouillé injecte cette fois-ci la mousse dans les contours des formes servant habituellement de moules. Au sein de ces contre-formes apparaissent des empreintes et des plis évoquant aussi bien des mouvements d’eau figés que des fragments archéologiques.

Ouissem Moalla

Ma proposition s’inspire de la période de grossesse chez la femme enceinte. L’enfant est porté par les eaux de la mère. Je souhaitais faire un parallèle entre la mère et la Terre. Je souhaitais donner à imaginer les continents (monde des hommes) portés par la mer et ces eaux, comme en gestation… 
On pourrait se demander quelle gigantesque progéniture est en gestation dans ces océans ? Somme-nous juste une minuscule partie de son épiderme ? Ou encore serions-nous des composants du liquide amniotique de Gaïa ? Cette déesse personnifiait la Terre dans la mythologie grecque, elle porta et enfanta nombre de dieux et de titans présents dans différents mythes. L’épisode d’Ouranos (le ciel) ne laissant pas de répit à Gaïa pour pouvoir enfanter est l’un des plus inspirants autour du thème de la grossesse. Plus encore, Ouranos (le ciel) se faisant émasculer par son fils Cronos (le temps), faisant ainsi couler sa semence dans la mer qui engendra Venus (la beauté) portée par la mer dans un coquillage.
La cité immergée dans l’eau est l’allégorie du fœtus. Elle souligne la ressemblance entre la grossesse humaine et l’ordonnance des éléments du cosmos qui enveloppent la terre comme un embryon. 
Je voudrais créer une œuvre plutôt onirique, j’imagine bien le spectateur déambuler la nuit à Wattwiller et voir cet aquarium luminescent flotter dans la nature. Et en s’approchant, il découvre cette ville gravitant au milieu de cette eau lumineuse. 

Patrice Ferrasse


Nympheas
Péniche tête à queue
Gerridae club

Patrice Ferrasse s’intéresse au contexte dans lequel il doit intervenir, et lui répond avec un humour pertinent qui ouvre toutes sortes d’interrogations.
Il utilise des matériaux du quotidien, détournés de leur usage habituel, et met à profit ses compétences de constructeur et sa connaissance des matériaux pour inventer des objets qui semblent d’autant plus poétiques qu’ils exhibent leurs constituants avec simplicité.
Il a repéré trois lieux de Wattwiller dont les caractères singuliers lui ont inspiré des propositions adaptées :  Nymphéas, qui devraient flotter sur l’eau mais par manque de plan d’eau disponible dans le village s’élèvent comme des plantes grimpantes. Péniche tête à queue car elle évolue dans une fontaine hexagonale, et exiguë, et ne peut que tourner sur elle-même. Et Gerridae club, qui marque le point d’accueil de la FEW, et évoque ces araignées qui marchent sur l’eau. Cette fois encore, faute de plan d’eau assez grand, il a fallu inventer et c’est une surface de cuvettes qui permet à la structure de flotter. Comment créer des œuvres monumentales en toute légèreté !

Robin Fougeront

10 photographies imprimées sur tissu

Masaru Emoto est un universitaire japonais qui a défendu la thèse que la conscience humaine et surtout les mots et la voix, peuvent avoir une influence sur la structure de l’eau. Les notions de résonance de l’énergie et de vibrations positives sont au cœur des séries de photos qu’il a entreprises et qui montrent les différents aspects d’un cristal d’eau soumis à des sonorités diverses. Si ses théories sont controversées par les scientifiques, il se considérait plutôt comme un humaniste et un fervent défenseur du caractère précieux de l’eau, et de la responsabilité humaine envers la nature. Son équipe continue le travail de prises de vue et de diffusion de ses idées.
Un échantillon d’eau des sources de Wattwiller a été envoyé au Japon, et des cristaux ont été photographiés au microscope électronique.
Ces images, accompagnées de cristaux d’autres lieux de la planète, formaient un «pont» entre art et sciences et débutaient le parcours.
Quelles que soient les convictions de chacun, il semble assez évident que des vibrations positives émises par des personnes bienveillantes ont plutôt un effet bénéfique sur leur entourage. Et si l’eau, avec son cycle infini, pouvait les véhiculer, ces bienfaits pourraient s’étendre comme la rosée matinale…

Projets pédagogiques

Ouissem Moalla et le collège de Saint Amarin

Toutes les classes avec Régine Fimbel, professeur d’arts plastiques

Ce projet de fiction s’appuie sur la découverte des continents plastiques qui se forment dans les océans par l’accumulation de nos déchets. Le plastique ayant la plupart du temps une densité inférieure à l’eau, les courants marins rassemblent les détritus dans plusieurs zones océaniques. Pour sensibiliser les élèves à ce problème, et les faire également réfléchir à la situation précaire de l’humanité sur cette planète, Ouissem Moalla a inventé un scénario apocalyptique dans lequel les humains, chassés des terre émergées par différents cataclysmes qu’ils ont provoqués n’ont plus comme seuls refuges que ces continents flottants et les matériaux dont ils sont composés. 
Un nouvel âge du plastique est en train de naître, pour lequel il faut tout inventer : modes de vie et de déplacement, vêtements, habitat, moyens de locomotion.
Toutes les classes du collège sont impliquées dans ce projet qui devait être mis en scène au final par les élèves de la section scénographie. 
Les circonstances obligent à travailler chacun chez soi, et les productions sont rassemblées sur un compte Instagram  #plastic_age_few2020.
Une installation de l’ensemble sera exposée pendant la FEW.

Fanny Munch - Dialogue d'images

En amont de la visite du parcours, une médiatrice vient leur présenter un Dialogue d’images, une douzaine d’œuvres en relation avec le thème de l’année, sélectionnées dans différentes époques de l’histoire de l’art. Les œuvres sont présentées par deux, en mettant l’accent sur leurs ressemblances et leurs différences. 
Pour 2020, la présentation est, par la force des choses, virtuelle. Une première planche de jeux est proposée pour les vacances de printemps, puis un document par semaine pendant 6 semaines.
Dialogue d’images 2020
– Lien vers la première page de jeux
– Dialogue 1 – cycle1/2  – Dialogue 1 – cycle 2/3
– Dialogue 2 – cycle 1/2 – Dialogue 2 – cycle 2/
– Dialogue 3 – cycle 1/2 – Dialogue 3 – cycle 2/3 
– Dialogue 4 – cycle 1/2 – Dialogue 4 – cycle 2/3
– Dialogue 5 – cycle 1/2 – Dialogue 5 – cycle 2/3
– Dialogue 6- cycle 1/2  – Dialogue 6  – cycle 2/3

Robin Fougeront avec un groupe d'adolescents

Projet de création avec deux groupes d’adolescents, en partenariat avec les Centres Socios Culturels de Cernay et du Pays de Thann

Ce projet propose de mettre à profit l’expérimentation sensible de la natation et des jeux d’eau, pour entraîner des adolescents dans une réflexion sur leur propre personnalité et leur position dans le monde, l’écologie et la pollution de l’eau, en utilisant le langage des arts plastiques pour exprimer leurs sensations. À travers photographies dans l’eau, dessins, collages, puis constructions avec des matériaux de récupérations, ils réaliseront des autoportraits flottants, sortes de barques chargées de leurs rêves et de leurs personnalités.
Le projet débutera à la piscine, et comportera une étape au bord de la Thur. Des collectes de matériaux de récupération seront nécessaires. Des séances de dessin et collages à partir des photos permettront de créer des formes préparatoires à la réalisations des sculptures dont la forme finale dépendra des matériaux choisis. Les sculptures flottantes seront filmées sur l’eau pour créer une vidéo.Le groupe construira ensuite un radeau dans le but de les porter tous dans un voyage utopique. Ce radeau servira de structure pour l’installation des petites barques et de la vidéo qui seront exposées au côté des œuvres des artistes invités sur le parcours de la FEW.
L’ensemble de l’action s’appuie sur une formation à l’art des animateurs des Centres Socio-Culturels partenaires.

Mudi Hachim et l'école des Tilleuls de Cernay

Mudi s’intéresse aux tablettes assyriennes gravées de signes cunéïformes qui sont la mémoire de Babylone. Cette écriture est l’une des premières connues. Elle était inscrite dans la terre avec un stylet dont l’inclinaison et la pression créait des signes différents. 
En utilisant la terre comme une feuille de papier, les élèves pourront inventer un langage et écrire une histoire. Ils expérimenteront également la création d’un sceau cylindrique, similaire à ceux que les assyriens faisaient rouler sur les tablettes pour les signer.
Le projet a été proposé à 4 classes, à raison de 6 heures par classe. L’emploi du temps détaillé a été mis en place au cours d’une première rencontre avec l’artiste en hiver 2020. Il sera adapté à un report  au mois de septembre 2020.
La réalisation sera en terre crue, et pourra se déliter s’il pleut, autre témoignage du passage du temps.
Les élèves réaliseront également un objet à conserver. 
Textes et productions graphiques seront rassemblés dans un carnet de projet.