Projets artistiques 2021

Projets artistiques

Le thème 2021 est Vie aquatique.
Neuf artistes sont invités à créer une œuvre sur leur relation à cette vie qui a été la nôtre  dans l’obscurité de notre gestation. Les abysses, les coraux, la beauté et la pollution des fonds marins, les algues, les bruissements, sont autant de sujets dont ils s’emparent.
Les quatre projets pédagogiques et l’intervention  de médiation Dialogue d’images sont présentés en bas de cette page.

Samuel Aligand

Polyester, blanc de titane, acrylique, haut parleur, dimensions variables, 2021

Samuel Aligand s’intéresse aux matériaux plastiques et à leurs capacités à se déformer, se transformer, à réagir avec les pigments et la couleur. Ses sculptures abstraites sont le fruit d’un hasard dirigé par ses connaissances des matières en feuille ou en granules qu’il met en œuvre.
Ces formes sont obtenues en rendant la matière malléable entre autres avec de l’eau bouillante. Elle s’étire et s’agrandit par ajouts successifs et peut éventuellement être réutilisée.
La sculpture Écho diffuse du son, respiration ou murmure. En référence à la nymphe de la mythologie condamnée à ne pouvoir que répéter les phrases des autres, elle exprime cette résonance des milieux marins à une pollution que nous avons longtemps voulu ignorer.
Depuis les années 90, les bancs de coraux meurent sous les effets des ouragans et de la pollution et deviennent blancs. Des expériences de diffusion de sons captés dans des zones en bonne santé ont eu un résultat encourageant pour faire revivre les régions malades.
Cette pièce en matériaux issus du pétrole évoque toutes les contradictions de notre civilisation qui fabrique les armes de sa destruction et s’ingénie à inventer les outils pour les contrer, dans un équilibre parfois instable.
Il expose d’autres sculptures à la Médiathèque de Cernay du 18 juin à fin août, en dialogue avec des reliefs de Juliette Jouannais.

Brice Jeannin

Objet rocheux, creux et sonore – Sons d’animaux aquatiques

Dans l’espace vide de cette portion de jardin, Brice Jeannin a imaginé l’apparition ou la chute d’un objet non identifié. Inspiré du monde minéral, sa forme nous renseigne assez peu sur ses origines et l’ailleurs dont il provient.
Son caractère solitaire pourrait évoquer une météorite, mais d’une galaxie inconnue car il est creux et sonore.
Les sons qui s’en échappent nous sont peu familiers, mais nous pouvons y reconnaître des bruissements animaux, les claquements des crevettes et autres frôlements d’habitants des abysses.
Invitation à l’exploration immobile d’un monde infini, qui pourrait se situer dans l’océan, mais aussi dans l’espace ou dans ce golgotha intime qu’est le crâne de chacun de nous.

Frédérique Lucien

Toile découpée et encre – H 2,50 – 2021

Les thallophytes sont des végétaux constitués d’un simple thalle, un «corps végétatif» qui sert un peu à tout ; ils ne possèdent ni tige, ni racine, ni feuille, ni fleur. Le groupe comprend les champignons et les algues, et c’est plutôt cette seconde catégorie que l’installation évoque.
De fait, Frédérique Lucien travaille depuis quelques temps à une série sur les algues pendant ses séjours en Bretagne. Elle observe, dessine, découpe, froisse, assemble des papiers fins qui reprennent la fluidité et l’absence de corps de ces végétaux. Quelques unes de ces œuvres en papier sont exposées, avec d’autres œuvres, à la Médiathèque de Thann du 19 juin à fin août.
Elle s’intéresse au vide et au plein, à la présence du vide qui pourrait faire écho à l’absence de corps de ces organismes qui fait qu’ils ne peuvent pas se tenir debout. Ils flottent et ondulent dans le courant mais s’étalent sur le sol quand l’eau se retire.
Ils sont pourtant bien vivant et c’est sans doute la question de notre propre vie que nous renvoie cette œuvre. Nous nous définissons souvent par notre capacité à nous tenir debout, face au monde et aux événements ; ces êtres qui suivent le mouvement, se plient aux éléments, ont peut-être quelque chose à nous apprendre ?

Hélène Bleys

Toiles cirées découpées – 2021

Les dessins d’Hélène Bleys ont toujours semblé propices à accompagner des narrations fantastiques. Ces derniers temps, son travail évolue vers des installations dessinées ou en volume qui se rapprochent de la scénographie, comme le projet qu’elle développe avec l’école du Blosen à Thann.
Si le titre de cette pièce évoque un rideau de théâtre, sa forme en découpe et bas relief se rapproche plus d’un élément de décor qui jouerait avec la lumière et laisserait percevoir la présence des acteurs.
La faune et la flore sous-marines merveilleuses évoquées dans ces découpages colorés prolifèrent joyeusement sur cette surface verticale souple et mobile. Mais la couleur blanche des certaines surfaces évoque sans doute la perte de coloration des coraux quand ils meurent.
L’ensemble pourrait aussi rappeler les rideaux de camouflage qui recouvrent les armes sous un feuillage verdoyant pour dissimuler leur menace. Le rideau devient l’artefact d’une réalité qu’il faut «rejouer», puisqu’elle a disparu. S’il se baisse, c’est sans doute que la représentation est finie. Mais nous pouvons aussi espérer que ce n’est qu’un entracte, et que les actes suivants seront plus positifs.

Juliette Jouannais

Aluminium 168 x 90 x 102 cm

L’univers de Juliette Jouannais n’est pas figuratif, mais ses dessins, et les sculptures qu’ils engendrent semblent des réminiscences de formes familières, animales ou végétales.
Ses gouaches sur papier découpé aux textures picturales délicates pourraient avoir pris leur forme naturellement comme un enroulement de lianes ou des algues dans la tempête.
Elle a réalisé pour la FEW une transposition en métal d’une de ces pièces en papier qui garde toute la dynamique du modèle mais prend un caractère plus décidé et définitif.
Pas de changement possible au gré des flux de l’eau pour cette œuvre, mais, dans une approche construite et classique de la sculpture, une lecture qui évolue par degré dans le regard du spectateur qui en fait le tour.

Juliette Jouannais expose une série de reliefs muraux à la Médiathèque de Cernay du 18 juin à la fin août, en dialogue avec des sculptures de Samuel Aligand.

Carolle Masson

Bois, miroirs, miroirs sans tain, lumière LED et photographies

Carolle Masson s’intéresse aux images, et recherche des moyens pour diluer leur évidence, leur permettre d’échapper à la surface à laquelle elles sont souvent cantonnées.
Elle aime jouer la superposition, la transparence, la fusion pour faire circuler notre regard entre des strates auxquelles la rencontre donne un sens nouveau.
Elle propose ici un dispositif visuel entre le kaléidoscope et le palais de glaces.
À l’image du réchauffement climatique qui favorise la prolifération des méduses, l’agencement de miroirs et de lumières démultiplie la photographie initiale, que l’on peut voir isolément sur la vitre du bâtiment.
Le spectateur peut passer à côté de l’œuvre s’il ne se positionne pas correctement, de la même façon qu’il peut ne pas voir ces modifications légères mais manifestes qui se font dans l’environnement et le bouleversent en profondeur.
L’œuvre n’est pas là pour répondre à une question, mais pour donner à voir, à rêver, à réfléchir et peut-être à choisir. Car si la méduse envahit nos espaces de baignades, avec les désagréments qui accompagnent sa présence, ce n’est pas à elle que nous pouvons le reprocher, elle est innocente.

Apolline Grivelet

Portes de réemploi sur structure bois, doubles vitrages, eau, souches d’algues

Ce petit kiosque évolue avec le temps, les acteurs en sont des algues qui se développent dans l’eau contenue par les doubles vitrages. Il pourrait évoquer un équipement de station thermale si les cyanobactéries qu’il abrite ne troublaient pas avec insistance la pureté de son eau. Car si elles ont parfois des propriétés intéressantes, leur prolifération est le plus souvent nocive pour l’homme :
Spiruline, complément alimentaire aux vertus plus connues que ses contre-indications, ou Dunaliella salina, qui colore les marais salants et est source de béta-carotène, ou Botryococcus, qui a constitué les nappes de pétrole au carbonifère et pourrait être utilisé pour produire des carburants, ou encore Planktothrix rubescens, qui colore les lacs en rose ou Microcystis qui forme de petits globules verts et entraîne la fermeture des plages, leur vie secrète continue dans chacune des alvéoles, ou s’arrête si l’atmosphère n’est pas favorable.
L’artiste recherche une façon de «peindre» avec le vivant, une peinture changeante, fragile, imprévisible. La couleur, souvent si séduisante, a toujours été trompeuse. Certains colorants traditionnels de peinture comme les rouges de cadmium, les verts arsenicaux ou les peintures au plomb qui ont donné au saturnisme le surnom de «maladie des peintres» en sont quelques exemples. Dans la nature, elle sert souvent de mise en garde chez certains animaux qui préviennent ainsi leurs prédateurs de leur toxicité. Le grand jeu d’attraction répulsion de la beauté dangereuse est une fois encore à l’œuvre.

Thomas Lasbouygues et Maya Saurel Deiss

Écrans et vidéos

Thomas Lasbouygues utilise les technologies de communication contemporaines, visuelles ou sonores, pour créer des fictions dans lesquelles il immerge le spectateur.
L’univers qu’il propose ici est celui d’une capsule sous-marine dans laquelle nous pouvons nous immerger et regarder le monde abyssal par les écrans qui nous entourent. Entre bathyscaphe d’exploration et engin de surveillance, les écrans de cet agencement deviennent des hublots ou des aquariums vidéo.
Les images sont extraites de flux en ligne, de tournages immergés et de vidéo-surveillances.
La multiplicité des sources donne à ce réel un caractère d’étrangeté par lequel le visiteur devient ainsi acteur d’un monde inconnu à explorer..

Un groupe de jeunes du CSC Agora de Cernay a été associé à ce projet.
Ils ont réalisé des vidéos subaquatiques avec l’artiste et ont été initiés au montage. Les séquences qu’ils ont créées sont intégrées dans les vidéos présentées dans l’installation.

Marina Zindy

Céramique, plastique et vidéo

Marina Zindy s’intéresse aux traces et aux sédimentations du vivant, au passage du temps qui transforme la matière. Elle a eu l’opportunité de découvrir les techniques de bouturage de coraux, qui permettent de redonner vie aux récifs coralliens, et d’envoyer une de ses sculptures à un centre de recherche en Indonésie pour qu’elle soit bouturée et immergée. Cette expérience a donné naissance au projet «Une bouteille à la mer» qui s’appuie sur des sculptures en céramique créées à partir de formes de bouteilles et de moulages de fossiles et lance un message d’alerte sur la pollution des océans.
L’installation dans la crypte nous entraîne dans les profondeurs d’une mer qui attend de revivre et doit mettre en œuvre des artefacts pour créer illusion : plantes en plastiques détournés, bouteilles potentiellement porteuses de coraux, un océan peut-être déjà mort et dont il nous reste l’image filmée comme une réminiscence nostalgique.

Projets pédagogiques

Marina Zindy et la classe de CM2 de Valérie Castro-Rodrigues à l’école de Wattwiller

Marina Zindy a proposé aux élèves d’explorer l’argile depuis son origine jusqu’à son usage utilitaire ou artistique. Cette roche sédimentaire soluble dans l’eau, qui colle parfois à nos semelles quand nous nous promenons, a sans doute favorisé l’apparition des premières cellules vivantes.
C’est tout ce cycle, depuis la terre liquide qui peut servir de peinture, au modelage de formes qui peuvent être cuites et devenir dures comme de la pierre qui est exploré, en s’appuyant sur des observations et moulages de fossiles, vestiges retrouvés d’animaux ayant vécu au Jurassique, il y a 200 millions d’années, quand l’Alsace était une mer.
Peinture à la barbotine, photographies traitées par ordinateur, modelages et visite de la faïencerie de la Doller qui a cuit les pièces, seul l’aboutissement est exposé sous forme d’une série de sculptures immergées dans une fontaine, et d’un montage photographique installé sur un abri-bus.

Thomas Lasbouygues et Maïa Saurel-Deiss avec un groupe de jeunes de l'Agora de Cernay

Un groupe de jeunes du CSC Agora de Cernay a été associé au projet de Thomas Lasbouygues.
Ils ont fabriqué des systèmes de « pêche à images »  pour réaliser des vidéos subaquatiques. Ils ont ensuite été initiés au montage. Ils ont également fabriqué des mouches de pêche fluorescentes. Les séquences qu’ils ont créées sont intégrées dans les vidéos présentées dans l’installation de l’artiste.

Hélène Bleys et la classe de CM1 d’Anne-Catherine Valentin à l’école du Blosen de Thann

Décor en carton peint et bois – Photographies

Hélène Bleys propose à la classe d’aborder la notion de scénographie à travers la création d’un décor composé de dessins d’éléments marins imaginaires.
Inspiré du mythe de l’Atlantide, le projet consiste à inventer un monde sous marin qui puisse servir de refuge à l’humanité. Les enfants deviennent acteurs de ce monde en créant des tableaux dans cette scénographie transformable.
Après une présentation du travail de l’artiste s’appuyant sur une mini expo dans l’école, dont pourront profiter toutes les classes, les élèves sont initiés à différentes techniques de dessin pour créer les éléments du décor.
Les dessins agrandis sont découpés et fixés sur des structures en bois
Certains éléments sont fixes, d’autres se tiennent à la main pour donner de la flexibilité aux tableaux vivants créés par les enfants. Ils seront proposés aux autres élèves de l’école lors d’une répétition générale, puis à Wattwiller, le jour de l’inauguration de la FEW

Fanny Munsch - Dialogue d'images

Lien vers le document présentant les 6 dialogues

En amont de la visite du parcours, une médiatrice  prépare un Dialogue d’images, une douzaine d’œuvres en relation avec le thème de l’année, sélectionnées dans différentes époques de l’histoire de l’art et dans les œuvres des artistes invités. Les œuvres sont présentées par deux, en mettant l’accent sur leurs ressemblances et leurs différences. 

Carolle Masson avec Christèle Gonzalvès et le GEM de Guebwiller

Photographies et textes

Le Groupe d’Entraide Mutuelle de Guebwiller accompagne des personnes isolées, en situation de précarité sociale ou culturelle, et/ou de handicap, à travers la mutualisation des compétences de chacun.
Les membres du groupe sont accompagnés chaque semaine par une artiste, Christèle Gonzalvès, qui leur propose des activités en arts plastiques parmi lesquelles, chaque année, la visite du parcours de la FEW. Pour aller plus loin cette année, le GEM a demandé à Carolle Masson de leur proposer un thème de création et de les accompagner dans sa mise en œuvre.
Les créations font dialoguer deux médiums différents : l’écriture à partir de détournement de découpages et collages de textes scientifiques et des photographies dans l’eau et à travers différentes textures.
Les productions seront immergées dans l’eau de la Fontaine St Sébastien.